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Le régime foncier du Maghreb et la conquête arabe (suite 2)


2-Les terres de la noblesse byzantine étaient devenues propriété publique, sous le contrôle du gouverneur, responsable de la gestion au nom du calife d'orient. Le harâj comme impôt direct, est imposé à tous les groupes de la société qui ne sont pas dans les normes religieuses de la Umma. Les cAjam du Maghreb , les Afâriq, les Rûm du pays et les berbères christianisés ainsi que les juifs sont les communautés à laquelle les autorités demandent le harâj et la jizya. Les terres de propriété publique et du harâj se trouvent au nord de l'Ifrîqiya et dans les terres fertiles du nord du Maghrib. Les juristes ont divisé le territoire du Maghrib en deux: Le premier territoire qui concerne toutes les terres des villes, leurs faubourgs et les terres d'agriculture, est soumis au système de la cUnwa. Le deuxième territoire qui concerne les montagnes est soumis au système de Sulh (Fuhûsahâ cAnwiya wa Jibâluhâ Sulhiyya). La conquête arabe, après la première campagne de cUqba, était de plus en plus dirigée vers les villes du Nord et leurs faubourgs, c'est-à-dire vers les bastions des byzantins, ce qui nous indique que la campagne d'Abû al-Muhâjir, la deuxième campagne de cUqba b. Nâfic et celle de Zuhayr b. Qays étaient des campagnes pour le moins qu'on puisse dire très difficiles à cause de la résistance byzantine et leurs alliés berbères. Les événements indiquent que le régime des terres était cUnwatan.

Il faut attendre la septième campagne pour avoir un indice d'organisation foncière au Maghreb. La mort de la Kâhina en 701 ap.J.C, marque la fin d'une longue résistance militaire des tribus berbères aux Arabes conquérants. Sous la gouvernance de Hasân b. al-Nucmân, l'Ifrîqiya fît soumission et le pays fut désormais ouvert à une organisation administrative, puisque les Byzantins ont été chassé totalement de l'Ifrîqiya et les Berbères ont perdu la guerre. Hasân avait créé, pour la première fois dans l'histoire de la région, des listes pour la réception du harâj, négocié, ou imposé au cAjam, en installant une administration (Diwân) chargée de la réception des impôts, mais il avait procédé à la distribution des terres aux arabes et à leurs auxiliaires berbères. Comme dans toutes les guerres, la conquête du Maghreb par les armées arabes avait laissé derrière elle une population qui s'est déplacée en faisant le vide autour des grands axes commerciaux et des villes, à cause de la peur, de l'insécurité et la dureté des combats, ce que les juristes musulmans appellent les terres Mawât. Les terres vacantes de la noblesse byzantine après leur exil et les terres qui ont subi la politique et la stratégie de la terre brûlée d'al-Kâhina, constituent juridiquement les terres des musulmans et leur distribution est légalement reconnue par la loi musulmane, pour qu'elles se transforment en "Tamlîk" propriété privé pour les arabes et leurs auxiliaires berbères. C'est ce que Hasân avait géré au début de l'administration foncière qu'il avait mise en place. Mais nous ne savons rien sur l'emplacement géographique ni sur la surface des terres offertes aux arabes et leurs auxiliaires. C'est à cette époque que la paysannerie dimma allait se trouver devant le modèle d'organisation fiscale classique de l'Islâm: l'impôt de capitation (Jizya) et l'impôt foncier (Harâj), imposé à la communauté chrétienne et juive, puisqu'ils appartenaient aux gens du live (Ahl al-Kitâb).

Il est très difficile de voir à travers les textes arabes des éléments qui permettent de faire des estimations ou localiser des foyers fortement imposés par rapport aux autres. Tout ce que les textes signalent d'important, c'est cette réforme de Hasân pour l'organisation de cette province périphérique de Dâr al-Islâm, qui vise à faire une distinction entre les berbères islamisés et les communautés chrétiennes et juives qui ont gardé leur religion. Les cAjam d'Ifrîqiya, dans les livres d'al-Magâzî, signifie que ces populations restaient fidèles à leurs croyances avant la conquête, même si, dans les textes de la géographie du XIe siècle, la signification est employée largement pour désigner les persans de l'Ifrîqiya et tous les étrangers aux arabes et aux berbères du pays. Jusqu'à la campagne de Hasân b. al-Nucmân, tous les indices des sources arabes vont dans le sens d'un régime foncier de la cUnwa, puisque la conquête et la reconquête entre les conquérants et les byzantins et leurs alliés berbères, n'avaient cessé d'augmenter la haine des uns et des autres, au point que les chefs militaires arabes, au moment de l'apostasie des berbères (Rida) ont utilisé le pillage et la destruction de tous les lieux fortifiés en Ifrîqiya. Sur le plan humain, ni les berbères ni les Rûm n'ont échappé à l'esclavage, en particulier les résistants à la conquête.

Dans cette description de l'historiographie arabe, nous trouvons un autre système qui a coexisté avec le système de la cUnwa: le Sulh et Aslama instauré définitivement par Mûsâ b. Nusayr et ses successeurs. Alors comment ces deux régimes ont-t-il été instaurés sur le sol du Maghreb?. Dans quel but les juristes musulmans soulignent-ils ces deux régimes, même s'ils insistent sur la conquête par force de la terre du Maghreb? Le premier qui a amorcé le régime sulh en Ifrîqiya est le chef militaire Abû al-Muhâjir Dînâr, qui a conduit une politique de respect des berbères et de leurs biens. Abû al-Muhâjir a fait une distinction entre les Byzantins, l'ennemi qu'il faut déloger du Maghreb, et les Berbères qu'il faut islamiser en les tenant pour des alliés de la cause des conquérants. Cette politique donne non seulement le droit à une part dans l'héritage économique des Byzantins mais aussi une sécurité de garder les pâturages et les terres d'agriculture pour les berbères. De l'autre côté, le zèle politique de son successeur cUqba b. Nâfic a anéanti ses efforts pour un compromis durable et équitable entre la majorité berbère et l'armée arabe. Il faut tout de même signaler que, pour les sources juridiques, durant toute la période de la conquête, les terres sous contrôle nomade au sud de l'Ifrîqiya, au Maghrib central et au Maghrib occidental et dans les régions montagneuses était sous le régime Sulh. A l'époque de Mûsâ b. Nusayr, la conquête arabe avait gagné l'ensemble du Maghreb. La nouvelle organisation du gouverneur Mûsâ b. Nusayr, provinciale et économique, pour enraciner les Arabes en Ifrîqiya avait donné une importance à la propriété des terres, dont Mûsâ lui même allait bénéficier. Ibn Qutayba nous informe sur sa propriété dans les faubourgs d'al-Qayrawân consacrée à l'élevage de chevaux. Donc, il ne reste aux gouverneurs que les terres vacantes et les terres des morts, en majorité distribuées à l'armée et aux chefs des tribus arabes, mais une grande partie restait aux mains des gouverneurs et des émirs. Les gouverneurs, comme le veut la tradition, donnent la gestion de leurs terres aux paysans, comme nous l'indique Ibn cIdârî en parlant de la Wilaya de Yazîd b. Hâtim (155-171 H).

Le système d'al-Iqtâc avait trouvé toute sa place, avec la complication du système administratif et militaire du Maghreb. A ce propos, ont lit dans la biographie d'Abû cAbd al-Hamîd b. Marzûq, natif d'al-Qayrawân, que son père était gouverneur de Mûsâ b. Nusayr. Après sa mort, son fils avait découvert qu'il possédait des campagnes entières au Maghrib. Ces propriétés, d'une grande importance, ne peuvent être réalisées par les gouverneurs qu'avec l'application du système des terres de la cUnwa jusqu'au IIe siècle de l'hégire. Donc les terres conquises par force (cUnwatan) restent majoritaires au Maghreb, même si la cohabitation entre les terres de la cUnwa et les terres du Sulh était un fait reconnu par les arabes du Maghreb. A l'époque de bnu Nusayr et ses successeurs, les juristes musulmans ont parlé d'un système intermédiaire (Aslama). Le terme (Aslama cAlayhâ Ahluhâ bighayri qitâl), est utilisé par les juristes musulmans pour désigner les terres des populations du Maghrib occidental et une partie des tribus du Maghrib central qui ont accepté l'appartenance à Dâr al-Islâm et son institution fiscale, sans combat ni hostilité envers les conquérants arabes. L'auteur d'al-Ahbâr al-Majmûca, nous indique que Mûsâ b. Nusayr au moment de la conquête de Tanger (89 H) avait soumis beaucoup de régions du Maghrib au régime Aslama. Ce modèle était appliqué dans les régions des tribus berbères, comme Zaghwân, le pays de Huwwâra, Zanâta, Kutâma, Sanhaja, Masmûda etc... L'ensemble de ces régions est resté aux mains de ses anciens propriétaires, à cause des conversions massives à l'Islâm. Par conséquent, le régime foncier Aslama était un compromis pour justifier une forme de partage entre les besoins du gouverneur dans le domaine de la rentabilité fiscale et les tribus berbères qui avaient gardé la propriété des terres et la liberté de gestion, sans regard, ni intervention des autorités musulmanes de la province du Maghreb. Tous les régimes sont signalés par la tradition historico-géographique arabe dans le cas du Maghreb, même si les terres de la cUnwa restent les plus importantes. Les indices de la tradition historico-géographique sont révélateurs d'une formidable contradiction entre le statut et la réalité du terrain, qui avait permis depuis la période des gouverneurs une facilité dans l'interprétation du statut foncier, pour justifier la confiscation et l'appropriation des terres. La classification des terres sont au nombre de quatre: Les terres cUnwatan, les terres Sulhan, Les terres vacantes, et enfin les terres Aslama.

Nous pouvons parler d'un régime foncier au fil des siècles après la conquête musulmane, qui avait évolué en trois régimes au delà des terres des habous:

1-La propriété du groupe au pouvoir.

2-La propriété privé aux mains des paysans qui habitent la campagne ou des propriétaires qui habitent les villes et offrent le travail aux esclaves et aux ouvriers agricoles.

3-La propriété collective, la plus importante au pays du Maghrib, en particulier la propriété des tribus nomades des steppes et des régions sahariennes. Ibn Abî Zarc nous informe que les tribus almoravides possèdent une région de Nul Lamta jusqu'à Qayrawân.

La propriété privée avait connu un développement significatif à cause du système d'al-Iqtâc, Ibn cAbd al-Rahîm al-Zâhid (mort en 247 H), un ami de Sahnûn, était propriétaire des terres de 17 000 arbres d'olives. Pour avoir une grande partie des terres, les gouverneurs et les émirs ont utilisé la contrainte pour l'achat des terres, qu'ils jugent indispensables à leurs exploitations, comme Ibrâhîm b. al-Aghlab qui a ordonné à ses esclaves de violer les femmes de Abyana, puisque leurs maris ont refusé de vendre leurs terres.

Des Aghlabides aux Almoravides, les souverains ont toujours considéré la terre du Maghreb du régime de la cUnwa. L'évolution politique et la prise du pouvoir des berbères et des arabes du pays avait permis, avec l'aide des malikites, de trouver un équilibre entre la propriété privée et la propriété de l'Etat. Le sol est la propriété de la Umma. Il revient de droit au pouvoir central, en particulier sa partie affectée à l'usage public, qui ne peut être ni vendue ni privatisée. Le seul gestionnaire reste la dynastie au pouvoir. Cette partie est constituée des marchés, routes, chemins, places publiques, Mosquées etc.... Ce dernier cas est retenu comme la politique d'équilibre par les pouvoirs du Maghreb, qui ont appliqué l'impôt foncier et la propriété étatique comme source indispensable à leurs dépenses. Mais cet équilibre, que le Maghreb avait trouvé pour la gestion des terres, l'a été dans des conditions douteuses suite à des luttes sans merci avec les orientaux, en particulier la caste qurayshîte, qui refuse toute ouverture vers les nouveaux convertis à l'Islâm.

En effet, l'évolution du régime des terres au Maghreb était liée aux rapports Maghreb-Orient, puisque le comportement arabe allait jouer un rôle important dans l'évolution politique et économique de cette région périphérique de Dâr al-Islâm. Avec la politique radicale de la Tahmîs des berbères et l'impôt humain, les doctrines révolutionnaires de l'Islâm, élaborées en Orient et diffusées par les missionnaires (Hamalat al-cilm), ont incité les berbères et la deuxième génération après la fin des conquêtes militaires (Les muwalladûn) a lutter pour l'indépendance du Maghreb sous la bannière de la doctrine harijite.

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