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Histoire du Maghreb تاريخ المغرب الكبير

Texte sur le deuxième Imâm Idrîs II au Maghrib al-Aqsâ.

L'imam Edriss, fils d'Edriss, fils d'Abd Allah, fils d'Hosseïn, fils d'El-Hosseïn, fils d'Ali, fils d'Abou Thaleb, que Dieu les agrée ! eut pour mère Khanza, femme qu'Edriss avait reçue en présent, et naquit le troisième jour du mois de radjeb de l'année 177. Edriss ben Edriss, auquel on donna le prénom d'Abou, el-Kasem, était le portrait vivant de son père; teint rose, chevelure frisée, taille parfaite, yeux noirs et parole facile ; très-bien élevé, savant dans le Livre de Dieu, dont il suivait fidèlement les préceptes, observateur du Hadits du Prophète que le Seigneur lui accorde le salut et le comble de bénédictions !), fort versé dans la doctrine et le Sonna, distinguant sagement ce qui est permis de ce qui est défendu, jugeant sainement tous les différends, désintéressé, religieux, charitable, généreux, laborieux, courageux, bon soldat, très-intelligent, profond dans les science, et versé dans les affaires.

Voici ce que rapporte Daoued ben Abd Allah ben Djafar.

«J'accompagnais Edriss, fils d'Edriss, dans une expédition contre les Berbères hérétiques de Seferia, qui se présentèrent à nous au nombre de trois mille. Au moment où les deux troupes se furent rapprochées, je vis Edriss descendre de cheval, se purifier, se prosterner et invoquer le Dieu très haut, puis remonter à cheval et .se précipiter au combat. Le massacre fut sanglant ; Edriss, courant d'un bout à l'autre de sa ligne, frappait partout et sans cesse. Vers le milieu du jour, il se retira dans son Camp et vint. Se placier près de son drapeau, tandis que ses gens continuaient à combattre sous ses yeux ; je m'étais mis derrière lui, et je l'observais attentivement. Debout, à l'ombre des bannières, il excitait sa troupe au combat et dirigeait ses mouvements. J'étais frappé d'étonnement, par tant de courage et

de talent, lorsque, ayant tourné la tête, il m'aperçut et me dit: ô Daoued! qu'as-tu donc à m'observer ainsi ? - Prince, lui répondis-je, j'admire en vous des choses que je n'ai vues chez nul autre. - Et quelles sont ces choses, Daoued ? - Ce sont, repris-je, votre beauté, votre élégance, la tranquillité de votre cœur, la sérénité de votre visage, et l'ardeur sans pareille avec laquelle vous fondez sur vos ennemis ! - Ces biens, ô Daoued, me viennent de la bénédiction de mon aïeul, le prophète de Dieu

(que le Seigneur lui accorde le salut !) qui veille sur moi, et pour lequel je prie ; ils sont aussi l'héritage de notre père Ali, fils d'Abou Thaleb (que Dieu l'agrée !) - Comment se fait-il, prince, lui dis-je encore, que vous ayez la bouche si fraîche, tandis que la mienne est sèche et brûlante. - Ceci, Daoued, provient du sang-froid et du courage que j'apporte à la guerre, tandis que chez toi ; esprit faible, la peur dessèche la bouche et trouble les sens. - Et pourquoi, seigneur, vous agitez-vous sur la selle ? Pourquoi, courant sans cesse, ne restez-vous pas a un moment au même endroit ?

- L'activité et la résolution, ô Daoued, sont choses bien nécessaires à la guerre. Ne va pas penser, au moins, que ces courses et ces mouvements soient motivés par la crainte,» et il ajouta en vers : « Tu ne sais donc pas que notre père Hachim, ceignant ses vêtements, a transmis à ses fils l'art de frapper de la lance et du sabre ? Nous ne redoutons pas la guerre, et la guerre ne nous dédaigne pas. Si le malheur nous atteint, nous ne nous plaignons pas.»

Edriss était bon poète. Voici ce qu'il écrivit à un certain Behloul ben Abd el-Ouahed, chef puissant et son allié, auquel Ben el-Khaleb, lieutenant du khalife El-Rachid, qui commandait dans l'Ifrîkya, avait conseillé de passer de son côté et de se soumettre au khalife, avec promesse de lui donner les plus grands biens :

«O Behloul ! les grandeurs dont ton esprit se flatte auront bientôt changé leur éclat en tristesse. Ibrahim, quoique loin de toi, te trompe ; et demain tu te trouveras bridé sans t'en douter. Comment ne connais-tu point les ruses de Ben el-Khaleb ? Demande, et tous les 'pays te les feront connaître. Tes plus belles espérances, Behloul ne sont que malheurs ! les promesses d'Ibrahim sont des chimères !»

Edriss eut pour ministre Ameïr ben Mosshab Elezdy ; pour kady, Amer ben Mohammed ben Saïd el-Kasby, et pour secrétaire Abou el-Hassen Abd Allah ben Malek el-Ensary.

L'imam Edriss ayant accompli dix ans et cinq mois, Rachid le Serviteur résolut de le mettre à la tête du gouvernement des tribus berbères et autres du Maghreb ; mais il m'en eut point le temps, car Ibrahim ben Khaleb, qui gouvernait dans l'Ifrîkya, ayant connu son projet, gagna, par de fortes sommes envoyées secrètement, les Berbères de sa suite, qui le mirent à mort en 188 (803 J. C.). Rachid fut remplacé dans les affaires par Abou Khaleb ben Yezid ben Elias el-Hamoudi, qui fi t reconnaître, vingt jours après, la souveraineté d'Edriss par toutes les tribus berbères. Sa proclamation eut lieu un vendredi, au commencement du mois de raby elaouel, an 188.

Abd el-Malek et-Ourak, parlant dans son histoire de la mort de Rachid, rapporte ce qui suit : «Ibrahim ben Khaleb, dans une de ses lettres au khalife Rachid, écrivit en témoignage de soit dévouement et de sa. fi délité. Sachez que Rachid a succombé à mes ruses et n'existe plus, et que je tends pour Edriss de nouvelles embûches. J'ai su les atteindre dans leur demeure lointaine, et je leur ai fait justement ce qu'ils voulaient me faire. C'est le frère de Hakim qui a tué Rachid, mais c'est moi qui l'ai poussé, car il dormait tandis que je veillais.» Celui que Ben Khaleb désigne par le frère de Hakim se nommait Mohammed ben el-Mekatel el-Haky, et avait aussi un commandement dans l'Ifrîkya que le khalife Rachid lui ôta à cette occasion pour le donner à Ibrahim ben el-Khaleb. Dans Bekry et Bernoussy on trouve que Rachid ne mourut qu'après la proclamation d'Edriss, et il est dit ce qui suit :

«L'imam Edriss, ayant accompli sa onzième année, possédait un esprit, un talent, une raison et une éloquence qui surprenaient les sages et les savants ; Rachid le présenta aux Berbères pour le faire reconnaître comme souverain. C'était le vendredi de raby el-aouel, an 188. Edriss monta en chaire pour réciter au peuple les prières de ce jour, et dit : Louange à Dieu ! je le glorifie ! Qu'il me pardonne et me secoure ! Dieu unique, je vous ai imploré ; guidez mon âme dans le bien, préservez-moi du mal et préservez-en les autres. Ici, je le témoigne, il n'y a de Dieu que Dieu, et notre seigneur Mohamamed (que le Tout-puissant le bénisse !) est son serviteur et son prophète, envoyé auprès des hommes et des génies pour les avertir, les instruire et les rappeler dans la voie du ciel, au nom de leur Dieu et par des signes évidents. Répandez, ô mon Dieu, vos bénédictions sur lui et la famille sacrée, famille pure, préservée de tout mal et exempte de toute souillure ! Ô hommes ! je vais avoir désormais le commandement de ces affaires que Dieu récompense ou punit doublement, selon qu'elles sont bonnes ou mauvaises. N'allez donc pas chercher un autre chef que moi, et soyez certains que je comblerai vos désirs, tant qu'ils seront conformes à la justice. - Les assistants furent frappés de la clarté, de l'esprit, de l'énergie et du sang-froid qu'Edriss déployait, si jeune, et à peine fut-il descendu de chaire qu'ils se portèrent en foule vers lui pour lui baiser la main en signe de leur soumission. C'est ainsi qu'eut lieu la proclamation, d'Edriss dont la souveraineté fut reconnue par les tribus des Zenèta, Ouaraba, Senhadja, Goumâra et tous les Berbères du Maghreb. Rachid mourut quelque temps après.».

Dieu connaît la vérité ! Edriss ayant reçu la soumission de tous les habitants du Maghreb, régularisa et étendit sa domination, augmenta le nombre de ses officiers et agrandit ses armées. On accourait vers lui de tous pays et de tous côtés. Il employa le reste de l'année de sa proclamation, 188, à distribuer des biens, à faire des présents aux nouveaux venus et à s'attacher les grands et les cheïkhs. En 189 (804 J. C.), une foule d'Arabes des pays d'Ifrîkya et d'Andalousie arrivèrent chez Edriss, ainsi que cinq cents cavaliers environ des tribus d'Akhysia, El-Houzd, Medehadj, Beni Yahthob, Seddafy et autres. L'imam les accueillit avec joie, les éleva aux honneurs et les initia aux affaires de son gouvernement, à l'exclusion des Berbères, auxquels il les préférait à cause de l'idiome arabe que ces derniers ne savaient pas. Il choisit pour ministre Ameïr ben Mosshab ; c'était un des principaux chefs arabes dont le père, Mosshab, s'était maintes fois distingué en lfrîkya et en Andalousie, où il s'était valeureusement comporté dans les guerres contre les chrétiens. Il éleva également Amer ben Mohammed ben Saïd el-Akhyssy de Khys Khillen à la dignité de kady. Amer était homme de bien, intègre, instruit, et versé dans les doctrines d'El-Malek et de Souffi an el-Tourry, qu'il suivit exactement.

Edriss se décida à aller faire la guerre sainte en Andalousie ; mais à peine fut-il descendu dans l'Adoua, qu'il fut rejoint par un grand nombre d'Arabes et autres qui venaient se rallier à lui de tous les points du Maghreb; alors, considérant que sa domination s'était étendue, que son armée s'était augmentée à tel point que Oualily était désormais trop petite pour la contenir, l'imam conçut l'idée de bâtir une nouvelle ville pour lui, sa famille, sa suite et les principaux de ses sujets. Revenant donc sur son premier dessein, il partit, avec quelques officiers et les chefs de sa suite, à la recherche d'un emplacement. On était alors en 190 (8o5 J. C.). Arrivé au Djebel Oualikh, Edriss, charmé de la position du terrain, de la douce température et de l'étendue des vallées qui entouraient cette montagne ; traça à sa base le circuit de la ville. On commença à bâtir ; mais déjà une partie des murs d'enceinte était élevée, lorsque un torrent, se précipitant une nuit du haut de la montagne, détruisit tout ce qui était construit, emporta les habitations des Arabes et dévasta les champs. Edriss cessa de bâtir et dit : «Ce lieu n'est point prospère à l'élévation d'une ville, car le torrent le domine.» C'est ainsi que Ben el-Ghâleb rapporte ce fait dans son histoire. On raconte aussi qu'Edriss, fils d'Edriss, ayant atteint le sommet du Djebel Oualikh, fut charmé de la belle vue que l'on avait de tous côtés; et ayant rassemblé les chefs et les principaux de leurs sujets, il leur ordonna de bâtir au pied de la montagne. Ceux-ci, se mettant à l'ouvrage, construisirent des maisons, percèrent des puits, plantèrent des oliviers, des vignes et autres arbustes. L'imam lui-même jeta les fondements d'une mosquée et des murs d'enceinte, qui étaient déjà élevés au plus du tiers de leur hauteur, lorsqu'une nuit la tempête survint et plusieurs torrents réunis, descendant impétueusement de la montagne, détruisirent tout ce qui avait été construit, dévastèrent les plantations et emportèrent les débris jusqu'au fleuve Sebou où ils s'engloutirent. Un grand nombre d'hommes périrent cette nuit-là, et telles furent les causes qui firent abandonner les travaux en cet endroit.

Au commencement de moharrem, an 191 (806 J. C.), l'imam Edriss se mit de nouveau en campagne pour aller chercher l'emplacement de la ville qu'il voulait construire. Arrivé à Khaoullen, près du fleuve Sebou, il fut séduit par le voisinage de l'eau et du bois, et résolut d'y bâtir sa ville. Il commença à creuser les fondements, à préparer le mortier et à couper des pièces de bois ; mais au moment de construire, il lui vint à l'idée que les eaux bouillonnantes du Sebou, déjà si abondantes, pouvaient bien; eu temps de pluie, augmenter encore et causer par leur débordement. la perte de ses gens. Saisi de crainte, il renonça encore cette fois à sa ville et revint à Oualily. Cependant, il chargea son ministre Ameïr ben Mosshab el-Azdy le lui trouver un emplacement convenable pour mettre son projet à exécution. Ameïr partit, accompagné de quelques hommes, et parcourut le pays en tous sens ; arrivé à Fhahs Saïs, il fut satisfait des terres vastes, fertiles et bien arrosées qui se déroulèrent devant lui, et il mit pied à terre près d'une fontaine dont les eaux limpides et abondantes coulaient à travers de vertes prairies. S'étant purifié ainsi que ses gens à cette source, le ministre fi t la prière du Douour et supplia. le Dieu très-haut de lui venir en aide et de lui désigner le lieu où il lui serait agréable que ses serviteurs demeurassent. Alors, remontant à cheval, il partit en ordonnant à ses gens d'attendre là son retour. Ce fut Ameïr ben Mosshab qui donna le nom à cette fontaine, que de nos jours encore on appelle Aïn Ameïr. C'est de lui que descendent également les Beni Meldjoum, qui sont les maçons de Fès.

Ameïr parcourut Fhahs Saïs et s'arrêta aux sources de la rivière de Fès, qui jaillissent au nombre de soixante et plus, sur un beau terrain couvert. de romarins, de cyprès, d'acacias et autres arbres. «Eau douce et légère ! dit Ameïr après avoir bu à ces sources, climat tempéré, immenses avantages !... Ce lieu est magnifique ! Ces pâturages sont encore plus vastes et plus beaux que ceux du fleuve Sebou !» Puis, suivant le cours de la rivière, il arriva à l'endroit où la ville de Fès fut bâtie ; c'était un vallon situé. entre deux hautes montagnes richement boisées, arrosé par de nombreux ruisseaux, et qui était alors occupé par les tentes des- tribus des Zènèta désignées sous les noms de Zouagha et Beni Yarghich. Retournant près d'Edriss, le ministre lui rendit compte de ce qu'il avait vu, et lui fi t une longue description de ce pays si beau, si fertile, abondamment arrosé et placé sous un climat doux et sain. L'imam, émerveillé, lui demanda : «A qui donc appartient cette propriété ? - A la tribu des Zouagha, qu'on appelle aussi Beni el-Kheïr (Enfants du Bien), répondit Ameïr. - Ce nom est de bon augure, dit Edriss, et aussitôt il envoya chez les Enfants du Bien pour acheter l'emplacement, de la ville, qu'il leur paya 6,000 drahem, ce dont il fi t dresser acte.

On raconte aussi que l'endroit où Fès est située était habité par deux tribus zenèta, les Zouagha et, les Beni Yarghich, hommes libres, dont les uns professaient l'islamisme et les autres étaient chrétiens, juifs ou idolâtres. Les Beni Yarghich étaient campés sur le lieu nommé aujourd'hui Adoua el-Andalous ; mais leurs habitations et leurs familles étaient à Bel Chybouba. Les Zouagha occupaient l'emplacement actuel de l'Adoua el-Kairaouyn.

Ces deux tribus étaient constamment en guerre, et elles se battaient pour une question de territoire, lorsque Edriss et son ministre Ameïr arrivèrent. L'imam, ayant appelé à lui les principaux des deux partis, leur fi t faire la paix et leur acheta l'emplacement de Fès, qui étant alors couvert de bois et d'eau, et servait de repaire aux lions et aux sangliers.

Suivant un autre récit, l'imam acheta des Beni Yarghich l'emplacement de l'Adoua el-Andalous pour l,500 drahem qu'il leur paya, et fi t dresser l'acte de vente par son secrétaire le docte Abou el-Hassen Abd Allah ben Malek el-Ensary el-Regeragi. On était alors en 191. Edriss commença à bâtir et établit ses tentes à l'endroit nommé aujourd'hui encore el-Gedouara qu'il entoura de broussailles et de roseaux:

Ce fut après cela qu'Edriss acheta pour 3,500 drahem l'emplacement de l'Adoua el-Kairaouyn, qui appartenait aux Beni el-Kheïr, fraction, des Zouagha

 

ZARc. Ibn Abî-, al-Anîs al-mutrib bi-rawd al-qirtâs fî ahbâr al-Maghrib wa târîh madînat Fâs. Trad., de l'arabe par BEAMIER Auguste, «Histoire des Souverains du Maghreb et annales de la ville de Fès», édit., L'imprimerie Impériale, Paris, 1860.

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