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Histoire du Maghreb تاريخ المغرب الكبير

Yûsuf b. Tâchfîn al-Lamtounî (texte de Rawd al-Qirtâs d'Ibn Abî Zar'

L’émir des Musulmans Youssef ben Tachefyn ben Ibrahim ben Tarkout ben Ouartakthyn ben Mansour ben Mesâla ben Oumya ben Outasela ben Talmyt et-Hamiry, le Senhadja, le Lemtouna, descendant d’Abd Chems ben Ouatil ben Hamyar ; sa mère était Lemtouna, cousine de son père et se nommait Fathma bent Syr fils de Yhya ben Ouaggâg ben Ouartakthyn susnommé. Voici le portrait de Youssef : teint brun, taille moyenne, maigre, peu de barbe, voix douce, yeux noirs, nez aquilin, mèche de Mohammed retombant sur le bout de l’oreille, sourcils joints l’un à l’autre, cheveux crépus. Il était courageux, résolu, imposant, actif, veillant sans cesse aux affaires de l’état, et aux intérêts de ses villes et de ses sujets, entretenant avec soin ses forteresses, et toujours occupé de la guerre sainte, aussi Dieu le soutenait et lui donnait la victoire ; généreux, bienfaisant, il dédaignait les plaisirs du monde ; austère, juste et saint, il fut modeste jusque dans ses, vêtements ; quelque grande que fût la puissance que Dieu lui donna, il ne se vêtit jamais qu’avec de la laine à l’exclusion de toute autre étoffe ; il se nourrissait d’orge, de viande et de lait de chameau, et s’en tint strictement à cette nourriture jusqu’à sa mort. (Que Dieu lui lasse miséricorde !) Le seigneur lui donna un vaste royaume en ce monde, et permit que le khotbah fût lu en son nom en Andalousie, et au Maghreb sur mille neuf cents chaires. Son empire s’étendit depuis la ville d’Afragha, première ville des Francs, la plus reculée à l’est de l’Andalousie, jusqu’à l’extrémité des provinces de Schantarin et d’Aschbouna, sur l’océan, à l’occident de l’Andalousie, sur Une étendue de trente-trois jours de marche en longueur, et environ autant en largeur. Dans le Maghreb il possédait, depuis l’Adoua de Djezaïr, Beny Mezghanna jusqu’à Tanger d’une part, et jusqu’à l’extrémité du Sous el-Aksa et des montagnes d’or, au Soudan. Dans aucune de ses possessions, sa vie durant, on ne paya d’autres impôts, droits ou tributs, dans les villes un dans les campagnes, que ceux ordonnés par Dieu et prescrits dans le Koran et le Sonna, c’est-à-dire l’aumône, la dîme, la Djezya (tribut) des sujets infidèles et le cinquième du butin fait en guerre sainte ; il réunit ainsi plus d’argent que jamais souverain n’en avait amassé avant lui. On dit qu’à sa mort il se trouvait dans le bit el-mâl 13,000 mesures (roubah) de monnaies d’argent et 5,040 roubah de monnaies d’or. Il confia la justice aux kadys et abrogea toutes les lois qui n’étaient pas musulmanes. Chaque année il faisait le tour de ses provinces pour inspecter les affaires de ses sujets ; il aimait les faqîhs, les savants et les saints, il s’en entourait, et leur demandait leurs conseils qu’il estimait beaucoup. Pendant toute sa vie, il les combla d’honneurs et leur alloua des traitements sur les fonds du bit el-mâl. Un excellent caractère, une grande modestie, et des mœurs très douces complétaient toutes ses vertus, et comme l’a dit le faqîh, le secrétaire Abou Mohammed ben Hamed, dans une poésie dédiée à ce prince et à ses enfants : «c’était un roi possédant la plus haute noblesse des Senhadja descendants d’Hamyr, et quand on possède, comme eux, toutes les vertus, on devient humble, modeste, et l’on se couvre le visage. »
Youssef ben Tâchfîn naquit dans le Sahara, l’an 400 (1006 J. C.), et mourut l’an 500 (1106 J.C.), à l’âge de cent ; ans. Son règne, au Maghreb, date du jour où l’émir Abou Beker le nomma son lieutenant, et finit à sa mort, c’est-à-dire qu’il dura quarante-sept ans, de l’an 453 à 500. Son surnom était ; Abou Yacoub, et plus habituellement on le nommait l’Émir.
Lorsqu’il conquit l’Andalousie, et après la bataille de Zalâca, où Dieu abaissa les rois des Chrétiens, tous les émirs de l’Andalousie et les princes présents à cette guerre le reconnurent pour souverain. Ces rois étaient au nombre de treize, et ils le, proclamèrent Amir el-Moumenyn. Youssef ben Tâchfîn est le premier des souverains du Maghreb qui prit ce titre de Prince des Croyants par lequel, depuis lors, il commença ses lettres, dont les premières furent lues en chaire dans les villes de l’Adoua et de l’Andalousie pour annoncer la nouvelle de la victoire de Zalâca et tout ce que Dieu lui avait accordé de butin et de conquêtes. A partir de cette époque, il fit, battre une nouvelle monnaie, sur laquelle étaient gravés ces mots, Il n’y a de Dieu que Dieu, et Mohammed est l’envoyé de Dieu, et an-dessous : Youssef ben Tâchfîn, émir des Musulmans, et en exergue : Celui qui veut une religion autre que l’lslam, Dieu ne le recevra pas, et au dernier jour, il sera parmi les perdants(1). Sur le revers de la pièce était gravé, L’émir Abd Allah el-Abessy, prince des Croyants, et en exergue, la date et le lieu de la fabrication.
L’émir Youssef ben Tâchfîn eut cinq fils : Ali, qui lui succéda, Temym, Abou Beker, El-Mouâz et Ibrahim, et deux filles, Kouta et Ourkya. Lorsque Abou Beker ben Omar lui donna le commandement du Maghreb et le revêtit de pouvoirs absolus, en 453, il quitta la ville de Sidjilmessa, et arriva à l’Oued Moulouïa ; là il examina son armée et y compta quarante mille Morabethyn, dont il confia une partie à quatre généraux, dont voici les noms : Mohammed ben Temym el-Djedély, Amran ben Soliman el-Messoufy, Medreck el-Talkany et Syr ben Aby Beker et Lemtouna ; il donna à chacun d’eux le commandement de cinq mille hommes de leurs tribus, et il les fit marcher en avant pour aller combattre ce qui restait dans le Maghreb de Maghraoua, Beny Yfran et autres tribus berbères en état de révolte. Suivant, leurs traces, il envahit lui-même, l’une après l’autre, toutes les villes et les tribus du Maghreb. Les uns fuyaient à son approche, les autres se soumettaient ou étaient vaincus après quelques combats, et c’est ainsi qu’il ne revint à Aghmât qu’après avoir tout subjugué. C’est alors qu’il épousa Zyneb, répudiée par son cousin Abou Beker ben Omar, et qui fut le soutien de sa prospérité. L’an 454, vit les affaires de Youssef ben Tâchfîn se fortifier au Maghreb et sa renommée grandir. Il acheta, à un propriétaire de Masmouda, le terrain de la ville de Maroc, et s’y établit sous une tente, auprès de laquelle il fit bâtir une mosquée pour la prière, et une petite kasbah pour y déposer ses richesses et ses armes ; mais il ne l’entoura point de murs.
Quand on commença la construction de la mosquée, il se couvrit de mauvais vêtements et travailla lui-même au mortier et à la bâtisse avec les maçons, et cela par humilité et modestie. (Que Dieu lui accorde le pardon et utilise le but de ses travaux !) L’endroit où Youssef travailla ainsi se nomme aujourd’hui Sour el-Kheyr au Maroc, et est situé au nord de la mosquée des Ketoubyn (marchands de livrées). L’emplacement de Maroc étant sans eau, on y creusa des puits et l’on s’en procura à peu de profondeur ; les habitants s’établirent ainsi sans murs d’enceinte ; on en construisit en huit mois sous le règne d’Ali, fils de Youssef, l’an 526. Plus tard, l’émir des Musulmans Abou Youssef Yacoub el-Mansour ben Youssef ben Abd el-Moumen ben Ali el-Koumy, l’Almohade, régnant au Maghreb, embellit Maroc de constructions nouvelles et de citernes.
Cette ville fut sans interruption la capitale des Morabethyn, et après eux des Mouaheddyn (Almohades) jusqu’à la fin de leur règne, où le siège du gouvernement fut transféré à Fès.
Dans ladite année 554, Youssef organisa ses armées, augmenta le nombre de ses généraux, et conquit un grand nombre de villes ; il institua l’usage du tambour et des enseignes dans ses troupes ; envoya des gouverneurs munis de nominations écrites dans les chefs-lieux, et créa des légions de Aghzâz et d’arbalétriers pour en imposer aux Kabyles du Maghreb. Avec ces corps nouveaux, son armée comptait cette année-là cent mille cavaliers des tribus Senhadja, Djezoula, Masmouda et Zenèta. S’étant mis à leur tête, il se dirigea du côté de Fès, et il rencontra sur son chemin des corps nombreux et formidables de Kabyles Zouagha, Lemaya, Loueta, Sedyna, Sedrâta, Meghyla, Behloula, Médiouna et autres qui demandaient l’attaque.
Il y eut entre lui et ces tribus une terrible guerre, qui eut leur défaite pour issue ; les vaincus se réfugièrent dans la ville de Médiouna ; mais Youssef, arrivant sur leurs traces, s’en empara d’assaut, détruisit ses murs et y massacra plus de quatre mille hommes ; puis il s’avança vers Fès, et s’établit auprès de cette ville, après en avoir soumis tous les environs. C’était à la fin de l’an 454. Youssef demeura campé en cet endroit pendant quelques jours, et étant parvenu à s’emparer du gouverneur de la ville, Bekâr ben Brahim, il le fit mourir. Marchant alors sur Soforou, il y entra immédiatement par la force du sabre et y massacra les Ouled Messaoud el-Maghraoua, qui étaient les maîtres de cette ville et la gouvernaient. Revenant aussitôt à Fès, il en fit
le siége et s’en empara pour la première fois ; c’était en 455. Youssef resta quelques jours dans cette capitale où il établit un gouverneur Lemtouna, et il partit pour le pays de Ghoumâra ; mais à peine se fut-il éloigné de Fès et avancé chez les Ghoumâra, les Beni Manser ben Hamed, arrivant d’un autre côté, s’emparèrent, à leur tour de cette ville et tuèrent le gouverneur Lemtouna.
En cette même année, El-Mehdy ben Youssef el-Keznany, chef de la province de Mekenèsa, reconnut la souveraineté de Youssef ben Tâchfîn, et fit sa soumission aux Morabethyn ; Youssef le laissa gouverneur de sa province et lui ordonna de se mettre en campagne à la tête de ses troupes pour combattre les tribus du Maghreb. El-Mehdy fit ses préparatifs et partit avec son armée de la ville de Ghousedja pour rallier Youssef ben Tâchfîn ; mais, à cette nouvelle, Temym ben Manser el-Maghraoua, qui gouvernait Fès, craignant que les Morabethyn ne devinssent trop forts contre lui, sortit en toute hâte de la ville pour lui couper le chemin, à la tête d’une armée de Maghraoua et de Zenèta. Il l’atteignit, en effet, en route et l’attaqua.
Le combat fut terrible; El-Mehdy ben Youssef fut tué, son armée fut dispersée, et Temym ben Manser envoya sa tête au gouverneur de Septa (Ceuta) nommé Soukra el-Berghouaty. - Les habitants de Mekenèsa envoyèrent aussitôt un message à Youssef ben Tâchfîn pour lui apprendre la perte de leur émir, et lui offrir leur pays. Youssef accepta et envoya de temps en temps des détachements de Morabetllyn pour harceler Temym ben Manser et faire des riazas sur ses terres. Celui-ci, voyant sa position devenir de plus en plus difficile par la prolongation d’une guerre qui occasionnait la famine en ne permettant plus aux denrées du dehors d’entrer à Fès, rassembla toute son armé de Maghraoua et de Beny Yfran, et fit, à leur tête, une sortie contre les  Morabethyn. Il fut vaincu et tué dans le combat, ainsi que la majeure partie de ceux qui l’entouraient. El-Kassem ben Mlolammed ben Abd er-Rahman ben Brahim ben Moussa ben Aby el-Afya le Zenèta, s’érigea aussitôt à la place de Temym ben Manser comme gouverneur de Fès, et réunit à son tour les tribus Zenèta pour marcher contre les Morabethyn. Il les rencontra à l’Oued Syffy, et les défit après de grands combats où la majeure partie de leur cavalerie fut détruite. Cette nouvelle parvint à Youssef pendant qu’il assiégeait la forteresse de Madhy dans le Fezaz, et il abandonna aussitôt les opérations, laissant un corps de Morabethyn suffisant pour continuer le siège. (Ce siége dura neuf ans, et les Morabethyn finirent par entrer dans la place sans coup férir, en 465.) Ce fut en 456 que Youssef partit de.la forteresse de Madhy ; il se rendit chez les Beny Merassa, dont l’émir était alors YAli ben Youssef, les envahit, en massacra une grande partie, et s’empara de leur pays. De là il alla dans le pays de Fendoula, qu’il conquit entièrement.
En 458 (1065 J. C.), il s’empara des terres de Ouargha, et, en 460, il subjugua tout le pays de Ghoumâra, ainsi que les montagnes du Rif jusqu’à Tanger.
En 462, Youssef ben Tâchfîn marcha sur Fès avec toute son armée.
Après un siége rigoureux, il entra par la force des armes dans cette capitale, et y massacra tout ce qu’elle renfermait de Maghraoua. de Beny Yfran, de Mekenèsa et de Kabyles Zenèta. Il en fit un tel carnage que les rues et les places étaient couvertes de cadavres. Plus de trois mille hommes furent mis à mort dans les mosquées El-Kairaouyn et El-Andalous. Les survivants prirent la fuite dans les environs de Tlemcen. Telle fut la seconde prise de Fès par Youssef ben Tâchfîn. Il y entra le jeudi, deuxième jour de djoumad eltâny, an 462. Une fois maître de la ville, son premier soin fut de la fortifier et da la réparer. Il fit abattre les murs qui séparaient les deux Adoua El-Andalous et El-Kairaouyn, de façon à n’en faire qu’une seule et même ville. Il ordonna de bâtir des mosquées dans les faubourgs et dans tous les passages, et lorsqu’il trouvait une rue sans mosquée, il adressait des reproches à ses habitants et leur enjoignait d’en construire une immédiatement. Il fit également bâtir des bains, des fondouks, des moulins, et réparer et embellir les bazars. Youssef ben Tâchfîn passa ainsi un an environ, àFès ; au mois de, safar 463 (1070 J. C.), il se mit en campagne pour les pays de la Moulouïa, et il conquit les forteresses d’Ouatat. En 464, il réunit autour de lui les émirs du Maghreb et les cheïkhs des Zenèta, des Masmouda, des Ghoumâra et de toutes les tribus berbères. Ces cheïkhs, en arrivant, reconnaissaient sa souveraineté, et, il leur donnait à chacun des vêtements et de l’argent. Il sortit ensuite à leur tête pour parcourir les provinces du Maghreb et inspecter les affaires de ses sujets et la conduite des gouverneurs et de leurs préfets ; il améliora ainsi beaucoup de choses. En 465, il s’empara par la force des armes de la ville de Demna, située sur les confins de Tanger, et il conquit, le Djebel Ghaloudan. En 467 (1074 J. C.), il se rendit, maître des monts Ghyata, Beny Mekoud et Beny Rehyna, dont il fit périr un grand nombre d’habitants ; ensuite il divisa ses états du Maghreb en plusieurs commandements ; il nomma Syr ben Abi Beker gouverneur de Mekenèsa et des pays de Meglâla et Fezaz ; Omar ben Soliman gouverneur de Fès et ses dépendances ; Daoud ben Aycha gouverneur de Sidjilmessa et du Draa ; et son fils Temym gouverneur d’Aghmât, de Maroc, des pays du Sous el-Aksa, de Masmouda, de Tedla et de Temsna.
A cette époque (467, El-Moutamed ben Abbed, émir de Séville, adressa un message à Youssef ben Tâchfîn pour l’inviter à venir faire la guerre sainte en Andalousie, et pour lui demander du secours. Youssef lui répondit : «Je ne puis le faire tant que je ne posséderai pas Tanger et Ceuta. » Ben Abbed lui conseilla alors de marcher avec ses troupes sur ces villes, tandis que lui-même y enverrait des bâtiments pour les bloquer, jusqu’à ce qu’il les eût prises, et Youssef commença dès lors ses préparatifs pour cette
expédition.
En 470 (1077 J. C.), il envoya son général Salah ben Amran avec douze mille cavaliers Morabethyn et vingt mille cavaliers Zenèta et autres, avec ordre de marcher sur Tanger. Quand cette armée arriva dans les environs de la ville, le gouverneur Soukra el-Berghouaty, vieillard de quatre-vingt six ans, sortit à sa rencontre à la tête de ses troupes ; et, à la vue de l’ennemi, il s’écria : «Par Dieu ! le Peuple de Ceuta n’entendra pas le tambour des Morabethyn tant que je serai en vie ! » Les deux armées se rencontrèrent sur les bords de l’Oued Mina, à quelque distance de Tanger. Le combat s’engagea ; Soukra fut tué et ses troupes furent détruites. Les Morabethyn entrèrent à Tanger ; mais il leur restait encore à prendre Ceuta, qui était gouvernée par Dhya el-Doula Yhya, fils de Soukra. Néanmoins le kaïd Salah ben Amran écrivit à Youssel ben Tâchfîn pour lui annoncer sa victoire. En 473 (1079 J. C.), Youssef envoya son kaïd Mezdely pour occuper la ville de Tlemcen. Ce général s’y rendit à la tète de vingt mille Morabethyn, s’en empara, et, aussitôt entré, il fit mourir le fils de l’émir de cette ville, Maly ben Yala el-Maghraoua. Il revint ensuite auprès de Youssef qu’il trouva au Maroc. L’année suivante 473 (1080 J. C.), Youssef ben Tâchfîn renouvela la monnaie dans toutes ses possessions, et la fit frapper en son nom. A cette
même époque, il s’empara des villes d’Agersyf, de Melila et de tout le Rif ; il prit également et détruisit la ville de Takrour, qui ne s’est plus relevée depuis. En 474 (1081 J. C.), il se porta sur Oudjda, dont il s’empara, ainsi que des environs et des terres des beny Iznaten. Poursuivant son expédition il prit Tlemcen, Tenès, Oran, et se rendit maître des montagnes Ouancherys et de tout le Chélif jusqu’à Alger, Mors il retourna au Maroc, où il fit son entrée dans le mois de raby el-tâny 475 (1082 J. C.). Il reçut là une nouvelle lettre d’El-Moutamed ben Abbed qui l’informait de la misérable situation de l’Andalousie, envahie, en grande partie, par les ennemis. Qui occupaient les villes et les forteresses, et il terminait en le priant, de venir lui prêter secours et assistance. Youssef lui répondit : «Si Dieu me donne Ceuta, je viendrai chez vous et je combattrai les ennemis de tout mon cœur et de toutes, mes forces. »
En cette année-là, Alphonse (que Dieu le maudisse !) se mit en marche à la tête d’une armée innombrable de Chrétiens, Francs, Bechquen, Djlellka, etc. et parcourut l’Andalousie, s’arrêtant dans chaque pays et devant chaque ville pour saccager, détruire, tuer et faire des prisonniers ; se transportant ainsi de point en point, il s’approcha de Séville qu’il assiégea pendant trois jours, et il détruisit un grand nombre de villages dans l’est de l’Andalousie ; il saccagea Chedounah (Sidonia) et les environs, et arriva enfin jusqu’à Djezyra Târyf (Tarifa), où, faisant entrer les pieds de son cheval dans la mer, il s’écria : «Voici enfin l’extrémité de l’Andalousie, que je viens de re soumettre aussi. Alors il revint vers la ville de Sarkousta (Saragosse), dont il entreprit le siège en jurant qu’il ne s’en irait point avant de s’en être emparé, et que la mort seule pourrait l’en empêcher. C’était la ville qu’il avait à cœur de prendre la première de toutes celles de l’Andalousie. L’émir qui la commandait, El-Moustayn ben Houd, lui offrit de fortes sommes d’argent qu’il refusa en lui répondant : «L’argent et la ville, tout est à moi !» En même temps il détacha différents corps d’armée pour assiéger et bloquer simultanément tous les chefs-lieux de l’Andalousie. Enfin, en 477 (1084 J. C.), il s’empara de la ville de Thlythla (Tolède). En voyant cela, les émirs et les grands de l’Andalousie convinrent d’un commun accord d’appeler à leur aide Youssef ben Tâchfîn, et ils lui adressèrent un message pour l’appeler chez eux, afin de combattre et chasser l’ennemi qui assiégeait, leurs villes. Plusieurs lettres écrites dans le même sens, c’est-à-dire demandant secours pour les Musulmans contre les Infidèles, étant parvenues à Youssef, celui-ci envoya son fi ls El-Mouâz à la tête d’une forte armée pour s’emparer de Septa (Ceuta). El-Mouâz fit le siége de cette place et y entra victorieux dans le mois de raby el-tâny, an 477. Youssef reçut la nouvelle à Fès, et entreprit aussitôt de grands préparatifs de guerre. Il rassembla les Kabyles du Maghreb pour célébrer la victoire de Ceuta, et il se mit, immédiatement en route pour se rendre dans la ville conduise et passer de là en Andalousie. C’est. alors que Moutamed ben Abbed, voyant, d’un côté, qu’Alphonse s’était emparé de Tolède, de ses environs, et qu’il avait redoublé les rigueurs de son siége contre Saragosse, et apprenant, d’un autre côté, que Youssef avait conquis Ceuta, se mit en mer et passa dans l’Adoua pour redoubler ses instances auprès d’Youssef ben Tâchfîn. Il le, rencontra sur la route de Tanger, à l’endroit nommé Belyouta, à trois jours de marche de Ceuta, et il lui donna des nouvelles de l’Andalousie ; il lui exposa la terreur et la faiblesse des habitants, ses craintes et le mal qu’Alphonse et ses armées faisaient aux Musulmans, qui ne rencontraient partout que la mort ou la captivité.
Enfin, il le prévint du projet de ce prince de s’emparer de Saragosse.
Youssef lui répondit : «retournez dans votre pays et préparez-vous ; j’arriverai bientôt avec l’aide de Dieu. » L’émir Ben-Abbed rentra donc en Andalousie, et Youssef arriva à Ceuta, où il mit en ordre le gouvernement et les affaires. Il fit préparer ses navires et rassembla ses soldats. De toutes parts il lui arrivait du monde. Les Kabyles venaient en troupes du Sahara, du Sud, du Zab et du Maghreb. Il commença alors à embarquer son armée, et il est impossible de dire le nombre d’hommes qui passèrent ainsi en Andalousie.
Quand toute cette armée fut débarquée sur l’autre bord, à El-Hadra (Algéziras), Youssef s’embarqua. Lui-même avec un nombre considérable de Kaids des Morabethyn, de guerriers et de saints. Dès qu’il fut monté à bord du navire, il leva les mains en priant le Très Haut et disant : «Ô Dieu, si vous savez que cette traversée dont être utile aux Musulmans, facilitez-moi le passage de la mer, et, dans le cas contraire, faites que ce voyage soit difficile et pénible au point de me forcer à retourner ici. » Dieu lui facilita le passage, qui fut très prompt. Il eut lieu le jeudi, à midi, 15 de raby el-aouel, an 479(30 juin 1086 J. C.). L’émir débarqua à Algéziras (El-Hadra) et y fit, sa prière du Douour. Il y trouva Moutamed ben Abbed et tous les émirs et les grands de l’Andalousie qui l’attendaient.
A la nouvelle dit passage en Andalousie de l’émir des Musulmans Youssef ben Tâchfîn, Alphonse se retira de Saragosse et se porte à sa rencontre pour l’attaquer.

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