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Histoire du Maghreb تاريخ المغرب الكبير

L'austérité des fondateurs mérinides: sainteté et miracles.

Dans l'historiographie, les Mérinides sont à la fois la tribu par composition et la zâwiya par la pratique. Ils sont de valeureux guerriers, très nombreux et puissants sur le plan militaire parmi les Zanâta (1). Ils étaient le symbole du retour d’une frange de guerriers, puisqu’en 610 de l'hégire, ils ont traversé le désert et les plaines de sable sur le dos de leurs chameaux et de leurs chevaux, comme ils avaient fait les Lamtûna, les gens du ribât (2). En effet le parcours des tribus mérinides relaté par l’historiographie ne fait aucun doute qu’il est comparable avec celui des Almoravides au niveau des valeurs guerrières, mais il reste que les gens du ribât faisaient leur pousser vers le nord du Maghrib au nom de la dacwa dîniya d’Ibn Yâsîn le malikite. De ce fait, l’islâm des Mérinides prend dans l’historiographie les valeurs traditionnelles de la campagne du Maroc médiéval et les récits des miracles des fondateurs de la dynastie.

La confédération mérinide était modeste, charitable, refuge et secours pour les malheureux accueils les docteurs et les saints (3). Ces premiers fondateurs étaient profondément religieux, puisqu’Abû Khâlid Mahyû avait fait la campagne d’Alarcos auprès des troupes du calife al-Mansûr. Sa mort en 592 de l’hégire, même tardive à la bataille d’al-Andalus, lui avait valu la mort du martyr (4). Donc les premiers mérinides ont fait leurs devoirs du jihâd vis-à-vis de la société médiévale du Maghreb. Son fils Abû Muhammad cAbd al-Haqq, qui lui succédait allait représenter la sainteté au sein de la société des Mérinides. Ibn Abî Zarc donne deux textes importants qui montrent à la fois la récupération des principes de la sainteté et les relations du fondateur avec les saints au sein de la société mérinides. « Il était déjà célèbre parmi les Banû Marîn, par ses vertus, sa religion, sa piété et sa sainteté ; humble et charitable, il prit la justice et le bon droit pour base de son gouvernement ; aux femmes enceintes dont l’accouchement était difficile, et Dieu, venant aussitôt en opéraient des miracles, et tout le monde chez les Zanâta y avait recours; on les portait généreux et bienfaisant, il était le refuge des orphelins et la providence des pauvres. Sa bénédiction était immense et sa main bienheureuse ; son bonnet et ses culottes aide à ces créatures, facilitait la délivrance. L’eau qui restait de ses ablutions était remise aux malades qui s’en frottaient et guérissaient aussitôt. Il était fort austère ; il jeûnait en hiver comme durant les plus fortes chaleurs, et jamais on ne le vit manger dans le jour, à l’exception des fêtes. Priant et louant Dieu sans cesse, il récitait son chapelet et invoquait Dieu partout, et quelles que fussent ses occupations » (5).

Il est surprenant que ce texte ait été écarté de l’histoire politique des Mérinides, même s’il représente une autre version sur le fonctionnement de la tribu et ces premiers fondateurs qui ont cultivé le secret et le miracle. L’historiographie mérinide ne manque pas de cité leur capacité a dirigé les affaires des tribus. L’islâm des premiers fondateurs pragmatique est imprégné d’une touche de sainteté fait écho surtout dans le milieu des campagnes zanâta, même s’il était loin des centres intellectuelles de l’époque almohade, puisque le pouvoir interdisait toujours l’accès aux monades et les considérait comme un danger politique et démographique de la cité.

L’historiographe d’al-Qirtâs nous rapporte que le pouvoir des Mérinides a été annoncé par un songe et expliquer par les saints de la campagne mérinide : il avait écrit dans ce sens : « une nuit, après avoir fait ses ablutions et ses longues prières à Dieu, il fit durant son sommeil un songe bienheureux qui lui annonçait le gouvernement de roi et d’imâm pour lui et pour ses descendants. Il vit un jet de feu sortir de son membre viril, s’élever dans les airs et rayonner sur les quatre points cardinaux, puis concentrer ses rayons et couvrir de sa flamme tout le Maghreb. Il raconta ce rêve à quelques saints, qui lui dirent : « réjouissez-vous et soyez sans crainte ; cette vision est un signe de bonheur pour vous et vos descendants, qui seront nobles et grands ; vous serez roi puissant et illustre et vos enfants rempliront le Maghreb de leur célébrité. Quatre d’entre eux régneront jusqu’à leur mort, et transmettront leur trône en héritage à leurs fils » (6).

Les premiers mérinides, pragmatique sur le plan économique, ils le sont aussi sur le plan politique puisqu’ils ne s’opposent ni aux saints ni à la sainteté. Nous sommes loin des projets de réformes d’Ibn Yâsîn et d’Ibn Tûmart, il nous semble que l’historiographie mérinide les rapprochent plus des mouvements de prophétie locale berbères au moins sur le plan directionnel, dont le chef mérinide est à la fois le saint, le guerrier et l’émir.

Le parcours militaire des Mérinides centralisé sur la prise du pouvoir dans les campagnes du Maghrib al-Aqsâ montre leurs systèmes de direction qui consiste à un encerclement des grandes villes et l’étouffement des conflits internes, en particulier contre une frange des Banû cAskar, les anciens maîtres des Zanâta, ainsi que les tribus arabes de Riyâh (7). Jusqu’à la date de 625 de l’hégire, les Mérinides ont accru leur emprise sur les campagnes pour faire face à l’insécurité et produire un modèle représentatif vis-à-vis des grands centres urbains et les représentants toutes catégories sociales. Même après la prise de la ville de Fès et la constitution du gouvernement des Mérinides, la tradition de l’islâm des campagnes imprégnait toujours la conduite des émirs. La mère de l’émir Abû Yûsuf Yacqûb b. cAbd al-Haqq se nommait la mère de la foi (Um al-Imân). Avant la naissance de cette émir, sa mère « vit en songe la lune se lever de son sein et monter au ciel, d’où elle répandit sa lumière sur toute la terre », en communiquant le rêve de sa fille au faqîh Abû cUtmân al-Wû’arghly, ce dernier lui répond : « si tu dis vrai, le rêve de la jeune fille signifie qu’elle enfantera d’un grand roi, saint et juste, qui couvrira ses sujets de bienfaits et de prospérités » (8). L’historiographe d’al-Qirtâs parle clairement qu’Abû Yûsuf Yacqûb avait une grande sympathie pour les saints : « jeûnant toujours, il ne cessait de prier le jour et la nuit, et ses mains quittaient chapelet ; il faisait du bien aux saints, les vénérait et fréquentait leurs zawâyyâ ; il leur rendait compte de la plupart de ses affaires, qu’il dirigeait selon leurs conseils » (9).

A l’époque de l’émir Abû Mâlik, une nouvelle orientation était opérée sur le plan religieux avant même son accession au pouvoir, puisque selon al-Qirtâs l’émir : « recherchait la société des hommes distingués ; il fréquentait les savants, les lettrés et les poètes dont il acquérait les connaissances ; il avait fait un choix de docteurs pour former sa société et faire la conversation » (10). En même moment, l’historiographie rattache la généalogie mérinide au sharifisme, puisque le souverain Abû Yacqûb b. Yûsuf b. cAbd al-Haqq était fils de la fille de Muhammad b. Hâzim al-cAlawî, descendante de cAliy, nommé Um al-cIz (11).

 

(1)-IBN ABÎ ZARc, Rawd al-qirtâs..., p., 396.
-Ibn al-Ahmar avait énuméré trente-neuf tribus avec des sous-divisions qui dépassent trente tribus. Rawdat al-nisrîn..., tx., fr., pp., 47-48-50.

(2)- IBN ABÎ ZARc, Rawd al-qirtâs..., op. cit., p., 402. Avant la célèbre famille cAbd al-Haqq, à l’époque des Almoravides, le pouvoir (riyâsa) revenait à l’émir Acdar al-cAskarî, connu sous le nom d’al-Muhaddab, il avait régné sur tout les zanâta jusqu’à la ville de Tlemcen. Les Lamtûna au dire d’Ibn al-Ahmar « le ménageaient et ils le comblèrent de présents jusqu’à sa mort. » Rawdat al-nisrîn..., tx., fr., pp., 52-53. Aussi al-Dakhîra al-saniya..., p., 23.

(3)-IBN ABÎ ZARc, Rawd al-qirtâs..., p., 396.
-IBN AL-AHMAR, Rawdat al-nisrîn..., tx., fr., p., 63.
-ANONYME, al-Dakhîra al-saniya..., p., 23.

(4)-IBN ABÎ ZARc, Rawd al-qirtâs..., p., 405.
-IBN AL-AHMAR, Rawdat al-nisrîn..., p., 63 et ANONYME, al-Dakhîra al-saniya..., p., 21.

(5)-IBN ABÎ ZARc, Rawd al-qirtâs..., p., 406. Ibn al-Ahmar parle de la pratique de la nosra qui est « l’onction faite au front et aux articulations avec le sang de l’animal sacrifié au tombeau d’un saint ou avec de l’eau d’une source miraculeuse ou encore l’huile de la lampe d’un sanctuaire. » Rawdat al-nisrîn..., p., 56 note 3. L’émir mérinide pratiquait la nosra avec l’eau qui servait à ses ablutions. al-Dakhîra ..., p., 29.

(6)-IBN ABÎ ZARc, Rawd al-qirtâs...., pp., 406-407.

(7)-Ibid., p., 425.

(8)-ANONYME, al-Dakhîra al-saniya..., pp., 35-36.

(9)-Ibid., p., 426.
-IBN AL-AHMAR, Rawdat al-nisrîn..., p., 63.

(10)-IBN ABÎ ZARc, Rawd al-qirtâs..., pp.., 439-440.
-N : l’auteur d’al-Qirtâs adresse une liste qui montre bien que le rapprochement entre les malikites de Fès et l’héritier du trône, parmi ces docteurs de la loi cité : le juriste Abû al-Hajâj b. Hakam, le faqîh Abû al-Hasan al-Maghîlî, le faqîh Abû al-Hakîm Mâlik b. Marhal, le faqîh Abû cImrân al-Tamîmî, le faqîh Abû Fâris cAbd al-cAzîz, et le poète al-Malzûzî.

(11)-Ibid., p., 528 et Rawdat al-nisrîn...., p., 65.

Abdelkader HADOUCH

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