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Histoire du Maghreb تاريخ المغرب الكبير

Les chrétiens à la période zîrîde.

Les consultations juridiques (Fatâwî فتاوي) des juristes Ibn al-Kâtib إبن الكاتب (m., en 408 de l'hégire / 1017 ap.J.C), d'al-Qâbisî القابسي et de bien d'autres lettrés musulmans réunies dans le célèbre recueil d'al-Wansharîsî الونشريسي (le Micyâr), nous renseigne sur la présence de chrétiens à l'époque zîrîde. Ces consultations est le reflet d'une situation et un constat social et politico-juridique sur les conditions de la communauté chrétienne Maghreb musulman. Il s'agit de faits précis, comme le délit d'injure à l'égard du Prophète, de vente de vin aux musulmans, de rachat d'esclaves chrétiens, ainsi que l'interdiction de surélever leurs Églises ni réédifier en pierres celles qui étaient bâties en Tûb طوب. المعيار

Parmi les consultations juridiques de l'époque zîrîde en peut citer à titre indicatif: les fêtes chrétiennes célébrées en Ifrîqiya est un exemple important sur la coexistence entre les musulmans et les chrétiens. Sous les Zîrîdes, à Qayrawân, Mahdiya et dans d'autres villes de l'Ifrîqiya, les chrétiens ont célébré leurs fêtes avec la participation des musulmans. La consultation juridiques de l'imâm al-Qâbisî -figure religieuse en Ifrîqiya- sur l'interdiction d'accepter les cadeaux des chrétiens est révélateur d'une coexistence contestée par les lettrés musulmans. La fatwa d'al-Qâbisî avait interdit formellement la participation des musulmans aux fêtes des infidèles. L'interdiction que vise la fatwa était la liberté de la Dimma الذمة au sein de la société musulmane. Implicitement, le juriste faisait référence à la fitna الفتنة que provoque un tel acte de la part d'une partie de la société musulmane. On remarque à travers les consultations juridiques des juristes musulmans l'ambiguïté de la sharica الشريعة. D'un côté, les juristes ont toujours reconnu le rôle du calife ou du souverain dans la vie de la société et l'exclusivité sur le dossier des minorités qui se trouvent sous son autorité. De l'autre côté, ils ont gardé un droit de regard sur l'application de la loi de la Dimma dans la cité musulmane, comme s'il s'agissait de reconnaître l'importance des minorités au service des autorités politiques, tant que les califes et les souverains contrôlent leurs protégés, c'est-à-dire que les juristes ne tolèrent guère les signes des religions des gens du livre au sein de la société musulmane.

Dans l'ensemble, les textes arabes en montrant l'activité des chrétiens dans la société Ifrîqiyienne, des indices dans le domaine économique -commerce de vin, rachat des esclaves etc.-, et dans le domaine religieux -Église, controverse- rappellent l'importance de la vie sociale des chrétiens d'une part, mais d'autre part ces textes nous informent sur le statut de Dimmi que les chrétiens devaient soigneusement respecter pour être tolérés dans la société majoritairement musulmane. Donc dans ce texte comme d'ailleurs d'autres consultations, il s'agit du comportement des Dimmî, qui est souvent l'objet de sanctions sévères dans la société musulmane, puisque le juridico-politique (la sharica) exigeait des Dimmîs un comportement et attitude strictement de minoritaire. Il est, selon ces instigateurs (les gens du savoir), juste et équitable pour ne pas laisser s'installer sur le territoire conquis une certaine forme de comportement qui peut faciliter une tendance de s'affirmer dans la société musulmane. Donc c'est une distinction que les lettrés et les docteurs de la loi jugent indispensable pour garder intacts les traditions et les principes religieux de la communauté (1). Mais il faut tout de même signaler que le discours des savants musulmans était dirigé contre des composantes de la société musulmane qui tolèrent des pratiques contraires à la religion.

La tolérance, encadrée par les textes coraniques et la sunna était plus souple chez le pouvoir sanhajite zîrîde, tolérants envers les chrétiens d'orient et d'occident, artisans et artistes, auxquels ils confièrent l'édification de palais, l'entretien de leur résidence etc. Donc les représentants du pouvoir central, au delà des exigences des hommes de loi, n'éprouvaient pas de gêne ni d'antipathie vis-à-vis des chrétiens. Ils allaient même jusqu'à l'organisation des discussions, par l'intermédiaire des interprètes, comme par exemple la Munâdara المناظرة entre le chef de la doctrine chrétienne et Ibn al-Tabbân (m., en 371 de l'hégire / 981 ap.J.C), en présence du gouverneur de la ville de Qayrawân cAbd Allâh b. Muhammad al-Kâtib. Quand en remarque que la plupart des mères des princes zîrîdes étaient des chrétiennes, ont comprend l'extrême liberté de conscience de ces princes et leur tolérances, puisqu'ils exerçaient non seulement une protection de leur entourage familial, mais aussi donnaient des avantages et de précieuses prérogatives. Le harem  الحريم   zîrîde avait beaucoup d'esclaves chrétiennes, qui ont favorisé l'esprit tolérant des princes zîrîdes, par un penchant que ces vers ou le religieux et le personnel ne faisait qu'un seul sujet, du prince Tamîm b. al-Mucizz:

Et que j'aime tes suaves accents, au prix de ma vie, quand tu lis les paroles du Messie!

Je manifeste de l'affection à d'autres que vous intentionnellement, mais celle que je ressens pour vous est la seule véritable.

Et, pour l'amour de vous, je goûte fêtes chrétiennes et cantiques aux airs mélodieux (2)

La nourrice (Khâdima خادمة) du prince Bâdis, la célèbre Fâtima, chrétienne convertie à l'islâm, avait une grande influence au palais d'al-Mucizz b. Bâdis(3). Le neveu de cette nourrice est resté chrétien, vu sa liberté et l'influence de sa famille à la cour des Zîrîdes, il avait approché une descendante du Prophète (Sharîfa شريفة), malgré le statut de Dimmî qui lui interdit ce comportement ou même le mariage mixte avec une musulmane. Les habitants de Mahdiya choqués et exacerbés par cet événement ont massacré le neveu de la nourrice, ce qui a provoqué la colère de Bâdis contre la population, sur une affaire très sensible sur le plan religieux, surtout que les docteurs de la loi musulmanes, les malikites, se trouvaient au premier plan de la contestation (4). Le prince zîrîde n'avait pas hésité à prendre la revanche à sa nourrice du palais, un fait rare dans les annales des dynasties de l'occident musulman, qui tirent en grande partie leur légitimité de la nature de leur comportement vis-à-vis des descendants du Prophète (les Sharîfs الشرفاء).

Au niveau économique, le prince Tamîm avait confié la direction des finances à Georges d'Antioche, devenu par la suite amiral du Normand. Jusqu'à l'avènement de Yahyâ b. Tamîm, Georges et ses parents avait la haute main sur les finances de la dynastie. Al-Nnâsir, le messager de Tamîm, déclare que ce dernier: «est tout entier à ses esclaves chrétiens: il leur confie tout et laisse de côté les Sanhâja, les Talkala et toutes les tribus..». Dans les périodes difficiles de l'Ifrîqiya, à cause des campagnes normandes, qui se soldent par la conquête de Mahdiya sous le commandement de Georges d'Antioche (543 de l'hégire / 1148 ap.J.C), une partie de la population musulmane, au lieu de fuir, se cacha chez les chrétiens et dans les Églises.

(1)-al-Qâbisî rapporte comme témoin de son opposition aux fêtes chrétiennes en Ifrîqiya le hadît suivant: «Un croyant constitue pour un autre croyant comme un édifice dont les éléments se soutiennent les uns les autres». Par ce hadît, le juriste avait légitimé sa fatwa et même toute les réactions contre la partie musulmane qui participe aux fêtes chrétiennes.

(2)-N: Un contemporain d'Ibn Raqîq (m., en 456 de l'hégire / 1063 ap.J.C), le poète Wahâb b. Muhammad al-Azdî, surnommé al-Mitqâl, «fréquentait un jeune chrétien, marchant de vin, et l'amour qu'il avait pour lui était bien connu. Il demeura trois années dans le cabaret (de son ami), près de l'entrée, et durant toute cette période, se rendit avec lui à l'église, dimanches et jours de fêtes, si bien qu'il apprit une grande partie de l'évangile et des préceptes chrétiens...» (HADY ROGER Idrîs, La Berbèrie oriental sous les Zîrîdes, édit., Adrien Maisonneuve, Paris, T., II, 1959, p., 763).

(3)-N: Les notables musulmans des villes du Maghreb avait tendance à confier leurs enfants à des nourrices (Murabbiya ou Murdica مربية أو مرضعة), parmi ces femmes ont trouve des chrétiennes qui s'occupent de l'éducation des enfants, mais il était de coutume pour les notables que la Murabiyya reste chez eux, c'est pourquoi elles portent le nom de Khâdima, puisqu'elles s'occupent aussi des tâches de la maison. Les nourrices (Murdicât) sont des femmes chrétiennes converties à l'islâm, tandis que la Murrabiya peut être une esclave.

(4)-N: Le sang d'un chrétien ne peut être à charge d'un musulman, c'est ce qui ressort de la déclaration de la réunion des savants à leur tête al-Qâbisî, ce dernier avait proclamé: «Comment est-il possible qu'un croyant (l'émir Bâdis) tire vengeance du sang d'un infidèle, qui a déshonoré une fille de la descendance du Prophète. Si la voûte des cieux se repliait sur terre ce serait moins stupéfiant que ce crime-là». L'événement et la crise entre le pouvoir politique et le groupe du pouvoir juridique musulman est l'un des facteurs qui détermine la légitimité ou non d'un pouvoir dynastique. L'influence des savants musulmans a toujours traduit les contradictions d'un pouvoir à base religieuse et une direction bicéphale où la plate-forme de l'islâm politique était présente dans tous les domaines de la vie du pouvoir politico-religieux et de la communauté islamique.

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