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Histoire du Maghreb تاريخ المغرب الكبير

Les Shu'aybiyûn taifa d'Azemmour.

Les Shucaybiyûn tiraient leur nom d’Abû Shucayb Ayyûb Ibn Sâcîd al-Sanhâjî, (mort en 561 H/ 1165-1166), ce shaykhcza. Ce maître de référence de la tâ’ifa (1) est du pays d’Azemmour. Il fait partie des saints substituts (abdâl) (2). Après l’année 541 H, il est allé à Marrakech et à Azemmour jusqu'à sa mort le mardi 10 rabîc al-tânî de l’année 561 de l’hégire (3). Le parcours de ce saint, comme le décrit al-Tâdilî, a commencé par l’enseignement du Qur’ân au village de Yilayskâwn dans le Doukkâla, puis par la pratique de l’aumône, mais son aumône qui sorte de l’ordinaire reconnue par la pratique musulmane, puisqu’il avait donné tout ce qu’il avait reçu pendant sa vie d’enseignant. Abû Shucayb est un refuge pour les habitants d’Azemmour face à la politique de leur gouverneur, ce dernier accède à ses demandes par crainte de sa riposte. L’image d’Abû Shucayb, saint qui fréquente les Mosquées de la région, où il prie pour la libération des prisonniers, intervenait à la demande des gens, puisque «Dieu donne ce monde comme l’autre». Commerçants, cultivateurs, artisans et mendiants demandent les conseils et la baraka du saint, il était incontestablement à l’écoute de la société dans sa diversité (4). Tâdilî raconte son état (hâlatuhu fî al-cibâda) dans la Mosquée d’Aghmât: «Ismâcîl b. cAbd al-cAzîz b.Yâsîn m’a raconté que Muhriz b. cAbd al-Hâliq b. Yâsîn lui avait dit: j'ai vu Abû Shucayb dans la Mosquée d’Aghmât. Quand on faisait la prière, le muezzin venait crier à son oreille: c'est la prière! -c’était son muezzin personnel- pour que les gens ne prient pas sans lui, car il ne se rendait pas compte de leur présence, tellement la prière (5) le rendait inconscient de la présence des gens. Quand il cessait la prière, il se tenait longuement debout, c’est pourquoi on le nomma Job la colonne (Ayyûb al-Sâriya)» (6). célèbre avait enseigné le soufisme à Abû Ya

Tâdilî a retenu les grands principes du tasawuf d’Abû Shucayb qui tourne autour de la notion de l’abondant des richesses de ce monde, même celle qu’il a gagnée. Le soufî était à la disposition de la société pour demander par ces prières à Dieu la réalisation de la paix et de la justice sociale. Il était le refuge des habitants face à leur gouverneur. La notion de la khidma a été très précieuse chez Abû Shucayb en s’opposant comme protecteur des faibles contre la tyrannie des gouverneurs almoravides. Il a réuni à la fois la prière continuelle et les cinq prières, avec deux qualités la réprimande de son âme (muhâsabat al-nafs) et la perspicacité (firâsa). Ce modèle de saint s’est imposé dans la région d’Azemmour depuis les Almoravides. A l’époque mérinide, ces disciples ont lui consacré une tâ’ifa à son nom et ils se reconnaissent dans sa conduite et sa voie spirituelle. Azemmour avait hérité ce saint patron, très influant à son vivant au milieu des populations.

 

(1)-Les tawâ’if cité par Ibn Qunfud, constitue des rassemblements de disciples et une organisation qui se reconnu dans le maître fondateur ou le maître transmetteur de la voie. L’auteur mentionne un rassemblement de tous les mystiques du Maroc dans un endroit qu’il situe entre Tît et Safî (IBN MARZÛQ, al-Musnad..., p., 180. IBN QUNFUD, ‘Uns al-faqîr..., p., 71). A l’occasion de l’anniversaire de la naissance du Prophète, officiellement instaurés par les Mérinides, l’ensemble des tawâ’if cité par Ibn Qunfud, ainsi que des milliers de personnes assistaient à cette fête pendant le mois de Rabîc al-Awwal 769 H/ 1367 dans la région de Doukkâla. La fête du mawlid était une occasion pour les soufîs et leurs mûrîds de se réunir autour d’un repas collectif rythmé par la lumière des bougies et des lampes pour la pratique d’al-inshâd wa al-samâc. Même si la fête du mawlid a été instaurée par le pouvoir mérinide (al-sulta), les soufîs ont récupéré cette occasion et outil important pour la diffusion de leur voie loin de l’intervention du pouvoir central, ces ce qui ressort des questions des fatwas al-Micyâr d’AL-WANSHARÎSÎ T., 11 p., 37. Donc le rôle des soufîs de l’époque comme serviteurs de la population, le refus des relations avec le pouvoir et le rôle d’intermédiaire entre les tribus a été évoqué dans le livre d’IBN QUNFUD, ‘Uns..., pp., 44-53-61-77-80-83. L’auteur déconseille au tâ’ib (mystique) de fréquenter les tyrans de ce monde (jabâbirat al-dunyâ), p., 115. Sur le rôle de médiateur entre les tribus, nous avons comme exemple l’intervention de la célèbre mystique cAzîza al-Ssaksîwiya, connu plus tard sous le nom de Lalla cAzîza du Haut-Atlas. BERQUE Jacques, Structures Sociales du Haut-Atlas, Paris, 1955, pp., 281-298.

    -Les cinq tawâ’if du Maghrib mérinide sont :

     1 - Les Shucaybiyûn, formait par les disciples d’Abû Shucayb al-Sanhâjî.

     2 - Les Sanhâjiyûn, regroupait les gens qui suivent les ‘Âyit Umghâr à Tît, près d’al-Jadîda.

     3 - Les Majâriyûn, l’une des grandes tâ’ifa à la ville de Safî, formé autour d’Abû Mohamed Sâlih, (mort en   613 H / 1234).

     4 - Les Aghmâtiyûn, disciples d’al-Hazmîrî, maître du célèbre mathématicien Ibn al-Bannâ.

     5 - Les Hâhiyûn, regroupait autour d’Abû Zakariyâ Yahyâ al-Hîhî dans le Haut-Atlas.

(2)-IBN QUNFUD, Uns al-faqîr..., p., 64. AL-TÂDILÎ, al-Tashawuf..., p., 141.

(3)-Ibid., tx., fr., p., 141.

(4)-AL-TÂDILÎ, al-Tashawuf..., tx., fr., pp., 142-143.

(5)-La prière de Nâfila selon Ibn Qunfud, Uns al-faqîr..., op. cit., p., 42.

(6)-Ibid., tx., fr., op. cit., pp., 42-142-143.

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