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Histoire du Maghreb تاريخ المغرب الكبير

Survivance chrétiennes, harijites et prophètes berbères de Ghumâra.

Au Maghrib central, les documents arabes ne donnent que peu d'informations sur la survivance de la communauté chrétienne, al-Muqaddasî qui avait écrit vers 985 ap.J.C, signale que les habitants du Maghrib utilisaient trois langues: l'arabe, le berbère et un «idiome se rapprochant du Rûm», c'est-à-dire du latin, une langue romane. al-Yacqûbî de son côté signale la même chose. Il faut attendre la célèbre chronique d'Ibn Saghîr (rédigée vers 900) pour avoir la confirmation de la présence chrétienne dans le sud du Maghrib central, dans une ville qui fut, pendant longtemps au Moyen-Age, le fief du harijisme et du commerce caravanier entre le sud et le nord du sahara. Des notables chrétiens siégeaient dans le conseil de l'Imâm, ce qui leur donnait la possibilité de prendre part à la résistance de la ville contre toutes les attaques étrangères, en particulier sous le règne du quatrième Imâm Abû Bakr et du sixième Imâm Abû Hâtim. Les deux célèbres géographes al-Bakrî et Ibn Hawqal signalent dans deux endroits différents la survivance de populations chrétiennes pré-islamique. Pour le premier, Tlemcen avait une population chrétienne et même un lieu de culte (Église), tandis que Ibn Hawqal signale la continuité d'une tradition de pèlerinages chrétiens à l'ancienne capitale de la Mauritanie Césaréenne, la ville de Cherchel. Yâqût al-Hamawî dans son lexique géographique rédigé au XIIIe siècle signale que les descendants des chrétiens dans l'oasis de Ouargla portent le nom de Majjana.

La ville de Tlemcen a connu une continuité de présence de la chrétienté, même si elle n'est pas indigène. La ville qui s'était rendue indépendante des Almohades sous l'autorité des Banî cAbd al-Wâd lutta avec acharnement contre les deux ennemis puissants: les Mérinides du Maghrib occidental et les Hafsîdes de Tunis. l'état de guerre continuel de ce royaume ne l'empêcha pas de s'affirmer politiquement et économiquement au Maghreb. Tlemcen sous les Banû cAbd al-Wâd était devenu une capitale d'une importance considérable pour les négociants de l'Europe. En effet, c'est par le commerce, la science et la culture que Tlemcen s'est imposé dans le paysage politique du Maghreb. Elle avait en même temps connu une démographie intense à cause de la sécurité et du commerce caravanier. La capitale du Maghrib central était un refuge, ainsi par exemple, en 1202, lorsque les hilaliens eurent détruit la ville de Tâhert, l'ancien bastion des harijites rustémides et de la cohabitation christiano-musulmane, les habitants de cette dernière ville ont trouvé refuge à Tlemcen capitale du commerce avait des quartiers pour chaque corporation. Les commerçants étrangers avaient leur place dans la cour du sultan cAbd al-Wadîde, comme ils avaient des fondouks au sein de la ville.

Les textes historiques et géographiques, concernant les chrétiens du Maghrib, ont fait leur début avec le royaume Idrîsides et les royaumes berbères des Banû Sâlih dans le rif et des Burghwâta dans la plaine de Sebou sur l'atlantique. Tout d'abord, il était question dans l'historiographie arabe de faire connaître une dynastie berbèro-arabe qui a joué un rôle dans l'islamisation et l'arabisation de cette partie du territoire du Maghreb. La chrétienté n'était évoquée que comme ennemi voué à la conversion à l'Islâm sous les coups militaires des islamisateurs Idrîsides. L'historiographie avait donné une confirmation très importante sur le christianisme et le judaïsme en milieu berbère dans des régions de populations sédentaires et dans le milieu des tribus berbères des zanâta et des Masmûda.

Les villes de Fès, de Tanger, de Sabta et bien d'autres ont connu la présence des chrétiens berbères. Les anecdotes que l'historiographie rapporte pour confirmer cette présence restent très maigre pour procéder à une étude poussée sur les communautés chrétiennes de cette partie du Maghreb. Il reste tout de même à signaler que le christianisme, sous une forme ou une autre, a été reconnu par une historiographie très abstraite sur ce qui concerne les gens du livre du Maghrib occidental.

Nous savons que l'islamisation de la région après deux expéditions victorieuses de l'armée arabes était réversible on ce qui concerne la conversion à l'Islâm. La première expédition de cUqba b. Nâfic allait se terminer par un retrait militaire et la mise en place d'un corps d'enseignants arabes au milieu des berbères. Mais vu le désastre de Tahûda et la mort de cUqba, les chances d'une islamisation de la région du Maghrib occidental ont été mises en cause et le corps d'enseignants n'avait pas de chance de pousser l'islamisation pacifique plus loin. Les expéditions de Mûsâ b. Nusayr et ses commandants ont été basé sur deux méthodes:

La première est le maintien sous contrôle des tribus berbères par l'application d'un système d'otages des membres de la noblesse berbère (Rahâ'in, sing., Rahîna), et la mise en place d'un système de clients lié directement à la personne du gouverneur Mûsâ b. Nusayr (Mawâlî, sing., Mawlâ).

Le deuxième est le recrutement des berbères dans l'armée arabe pour faire des expéditions en Péninsule Ibérique. Le recrutement dans l'armée arabe était l'un des moyens les plus pratiqué par les gouverneurs arabes au Maghreb, puisque la participation à la guerre sainte avait permis la conversion selon les règles de cette institution jihadique qui demande parmi ces principes que seul le musulman peut faire la guerre sainte. Donc, pour beaucoup de berbères, être dans l'enjeu des retombées financières du butin de la guerre demande la conversion pour avoir la possibilité de prendre part à la guerre .

Dans le nord du Maghrib al-Aqsâ, le faux prophète Hamîm, surnommé al-Muftarî (le faussaire) et le nom de son père Menn Allâh (de Dieu ou Dieu donné), avait fondé une secte religieuse basé sur la prophétie. Al-Bakrî nous signale qu'il avait ordonné à ces sujets de prier deux fois par jours, au lever et au coucher du soleil. Hamîn avait composé un livre en langue berbère où il introduit, selon al-Bakrî, une manière particulière de prier. Il écrivit: «Délivre-moi de mes péchés, ô toi qui permets au regard de contempler l'univers! délivres-moi de mes pêchés, ô toi qui fis retirer Moïse du fleuve».

Le prophète de Ghumâra avait imposé à ses disciples de croire en lui et dans sa famille, en particulier son père et sa tante Tanjît. Il leur avait ordonné de jeûner chaque jeudi pendant toute la journée et chaque mercredi jusqu'à midi. Il avait supprimé vingt sept jours du jeûne du ramadan musulman et l'obligation de payer la dîme de tous les objets. Il avait interdit le pèlerinage et l'ablution, toute en permettant à ces disciples et aux populations de la région de Ghumâra de manger la chair de porc. S'ajoute à ce prophétisme des Ghumâra celui des Burghwâta qui ont combattu au côté des harijites de Maysara al-Mataghrî.

La région du nord du Maghrib al-Aqsâ, a connu dans les régions montagneuses des religions locales, même si elles étaient inspirées par le Coran. Elles faisaient une large place aux traditions locales et à la magie très présente dans la société berbère. La mort de Hamîm en l'an 315 (927-928 ap.J.C) dans la région de Tanger, fut la fin de cette tentative berbère de s'approprier une forme religieuse issue d'un mélange entre leur connaissance du Coran, des traditions et de la magie.

Le harijisme au Maghrib occidental, en particulier les sufrites du royaume midrarite de Sijilmâsa avait un comportement de tolérance envers les chrétiens, comme leurs alliés les Ibadites de Tâhert. La doctrine harijite au début du Xe siècle jusqu'à son effondrement devant la puissance des Fâtimides, avait adopté un comportement où la tolérance était adoptée par le pouvoir selon les normes islamiques pour garder les gens du livre au sein de ces royaumes autonomes.

En effet, l'islamisation de la région du Maghrib occidental et le sort réservé aux chrétiens du pays est mal connu dans l'histoire de la région et peu traité par l'historiographie arabe. C'est-à-dire que l'historiographie laisse des doutes sur la question de l'islamisation au cours des premiers siècles de l'Islâm. L'ensemble du Maghrib occidental n'avait intégré définitivement l'Islâm qu'avec les Almoravides et la doctrine malikite. Les régions de la plaine sur l'atlantique et la région du Rif ont forgé des doctrines de prophéties . Donc le processus a été long pour parler d'une véritable islamisation de la région du Maghrib occidental.

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